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Randonnée sur le plateau de l'Aubrac

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Plateau de l'Aubrac

« En Aubrac, on sent l'air.
Nulle part ailleurs je n'ai éprouvé un tel sentiment d'être enveloppé par l'espace.
Je ne saurais l'expliquer : c'est sans doute le site lui-même, ses longs pâturages nus et dépouillés du moindre arbre, avec pour seule exception la silhouette curieuse d'un rocher de basalte émergeant de temps à autre.
C'est un paysage de crêtes infinies, où des troupeaux de vaches errent librement sans chien, traçant des lignes invisibles entre d'interminables chapelets de pierres grises.
C'est cela, et c'est avant tout cette clarté cristalline, ce goût brut du vent, des herbes amères, de la fonte des neiges... un pur goût d'espace.
Oui, sa clarté, sa solitude... et ses rivières pavées où l'eau glaciale des truites se précipite sur des hexagones de basalte...
C'est difficile à dire... Mais l'Aubrac ! Ah ! l'Aubrac ! ... »
Henri Pourrat

Randonnée sur le plateau de l'Aubrac 1Terre unique partagée entre les départements de l'Aveyron, du Cantal et de la Lozère, qui se rejoignent à la Croix des Trois Évêques, l'Aubrac est un vaste plateau granitique perché entre 1 000 et 1 400 mètres d'altitude. Royaume du silence et des grands espaces, sculpté par les forces mystérieuses des éléments, l'Aubrac envoûte l'âme dès que le regard se perd vers l'infini. Ce n'est qu'au rythme régulier de nos pas que l'on s'imprègne véritablement de son caractère démesuré. On y découvre ses landes immenses, une flore figurant parmi les plus riches d'Europe, et des forêts profondes où, au début de l'automne, résonne le brame primitif du cerf. On croise ses ruisseaux jalonnés de lacs et de cascades, encadrés par d'anciennes pierres de granit et de basalte. Terre rude et exigeante, elle tisse des liens forts et indéfectibles avec ceux qui l'habitent, façonnant un peuple à son image.
Les Romains, les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle, les moines et les paysans menant leurs troupeaux à l'estive ont tous laissé leur empreinte sur son patrimoine — laissant derrière eux des burons, des villages hors du temps, des églises romanes et d'anciens ponts de pierre — sans pour autant lui ôter sa nature intrinsèquement sauvage. C'est une terre de mystère au cœur insondable ; marcher vers elle, c'est entreprendre un voyage au plus profond de soi. Ce séjour de randonnée est une invitation à en faire l'expérience.

Ce court texte, rédigé pour annoncer notre voyage dans un journal associatif, portait également un objectif plus personnel : susciter un amour profond pour une région qui m'est chère, mon cœur étant lié à ces paysages depuis l'enfance. Le choix de l'itinérance sur plusieurs jours répond parfaitement à ce désir d'immersion totale. Il nourrit l'espoir que chaque participant s'imprégnera intimement de l'âme de ce pays — une essence fondamentalement indicible qui résonne différemment en chacun — tout en découvrant ses facettes les plus caractéristiques et époustouflantes.

L'automne me semblait être la saison idéale pour transmettre cette vision. Elle confère à l'environnement des tons contrastés et saisissants, métamorphosant à la fois la végétation et les cieux toujours changeants. C'est l'époque du brame du cerf ; les troupeaux sont encore au pâturage, et l'Aubrac reste vibrante de vie, tout en étant paisiblement libérée de la foule estivale et des voitures. Un petit groupe d'esprits curieux partageait ce désir, prêt à fournir l'effort physique nécessaire pour mériter ces panoramas grandioses qui nourrissent tant les yeux que l'esprit.

Randonnée sur le plateau de l'Aubrac 2Organisation : Neuf adultes, dont la plupart ne se connaissaient pas au préalable, ont marché à mes côtés durant ces six jours. Nous voyagions de gîte en gîte, portant toutes nos affaires mais logeant en demi-pension. Nous avons parcouru en moyenne 24 kilomètres et gravi 400 mètres de dénivelé chaque jour. Une réunion préparatoire a eu lieu dix jours avant notre départ, autour d'un apéritif convivial. J'avais apporté des cartes, des photographies et un bois de cerf trouvé au fin fond des forêts de l'Aubrac, pour commencer à rêver à nos futures rencontres.
Après avoir revu l'itinéraire, les étapes quotidiennes, les possibilités de ravitaillement et l'équipement recommandé, les participants ont organisé leur transport. Le rendez-vous était fixé au lundi 1er octobre, à l'ancien foirail de Laguiole, à 9h30.

Première étape : De Laguiole à Saint-Chély-d'Aubrac

En ce premier jour, nous nous sommes retrouvés aux pieds du célèbre Taureau, un magnifique monument en bronze érigé par le sculpteur Georges Guyot en 1947. Cet endroit précis accueillait autrefois les marchés aux bestiaux de la race Aubrac avant la création du nouveau foirail. Pendant que certains se remettaient de leurs trois heures de route autour d'un café chaud, d'autres finissaient de préparer leurs sacs et de vérifier leur équipement. Nous avons pris notre photo de départ et saisi l'occasion pour évoquer l'histoire de Laguiole. Je ne pourrais retranscrire ici tout ce qui s'est dit au cours de notre voyage ; cela remplirait aisément un livre entier.

Au moment de quitter la ville et de nous rapprocher du plateau, il est essentiel de souligner son importance géographique en bordure des pâturages d'estive. Nous avons parlé de son agriculture axée sur les bovins à viande et laitiers, et de la laiterie coopérative qui a relancé la production du fromage de Laguiole et de la tome fraîche — indispensable à la confection de l'aligot — après la disparition des buronniers traditionnels. Nous avons également abordé l'histoire de l'emblématique couteau de Laguiole, toujours prisé par les grands bistrotiers parisiens, de la migration historique des « bougnats » vers Paris, et des liens durables entretenus avec la capitale. L'étymologie de Laguiole remonte à « La Glesiola », une petite église dépendant à l'origine d'une paroisse voisine. Nous avons admiré ses robustes maisons de basalte et de granit et discuté de la vie de ses milliers d'habitants d'aujourd'hui. Nous nous sommes finalement mis en route — un peu tard, il faut bien l'avouer, à 10h40. Nous sommes rapidement montés au-dessus de la ville, admirant les solides toits d'ardoise dominés par l'église. Cette dernière porte bien son nom de « Fort », clin d'œil à son emplacement stratégique et à son passé fortifié.

Randonnée sur le plateau de l'Aubrac 3Nous marchons déjà dans de grands espaces ouverts, bordés de murets de pierre et de vaches au pâturage, en montant régulièrement sous le poids de nos sacs. Le sentier nous mène sur une petite route vers une dernière ferme isolée, d'où nous pouvons apercevoir l'établissement moderne en verre et en acier de Michel Bras — l'un des plus grands chefs de France, un homme profondément amoureux de l'Aubrac, passion qu'il traduit avec brio dans ses assiettes.
Tout près de là, nous croisons un magnifique taureau Aubrac, tout en chair et en muscles. Sa carrure massive et sombre, teintée de noirs profonds, évoque presque un bison. Il se tient entouré de ses superbes compagnes, reconnaissables à leur robe fauve et à leurs yeux comme soulignés d'un trait de mascara noir.
La rusticité de la race Aubrac et ses qualités maternelles exceptionnelles ont sauvé ces vaches d'une quasi-extinction, à une époque où elles furent presque entièrement remplacées par des races laitières plus rentables. Aujourd'hui encore, leur viande porte fièrement la prestigieuse appellation « Fleur d'Aubrac », et au fil de notre marche, il est évident qu'elles ont triomphalement reconquis leurs estives ancestrales.

Un ancien chemin de draille dicte le rythme de nos pas pendant un moment. Ces larges et antiques voies de transhumance sillonnent le paysage depuis la nuit des temps, retraçant le parcours des bergers qui menaient leurs troupeaux vers la fraîcheur des pâturages estivaux. C'est le moment idéal pour se plonger dans l'histoire humaine de l'Aubrac — ses forêts clairsemées, son climat impitoyable, et pourtant, son importance historique comme lieu de passage pour les bouviers, les voies romaines et la célèbre route de Saint-Jacques-de-Compostelle (GR®65). Nous évoquons la fondation du monastère d'Aubrac et le défrichage accéléré des forêts primitives de la région, pour finalement atteindre la Croix du Pal, où nous nous apprêtons à pénétrer dans les bois pour quelques heures d'immersion.

Randonnée sur le plateau de l'Aubrac 4L'arbre prédominant ici est le hêtre. S'il est rabougri et sculpté par la rudesse des éléments sur les hauteurs exposées, la forêt domaniale que nous traversons aujourd'hui descend dans les boraldes — des vallées encaissées — et sur les pentes abritées orientées au sud, vers la vallée du Lot. En contrebas, les hêtres poussent, hauts et majestueux, leurs feuilles commençant à roussir sous les couleurs chaudes de l'automne. Le sous-bois, bien dégagé, est indéniablement habité : nous repérons de nombreuses traces de cerfs et la piste bien distincte d'un sanglier. Ces observations offrent de merveilleuses occasions d'étudier les empreintes d'animaux, et Jean-Michel, équipé de son appareil photo numérique, immortalise ces moments avec enthousiasme, nous permettant de revoir nos découvertes en temps réel.

Déjà, deux biches ont furtivement croisé notre chemin. Pendant la pause déjeuner, le puissant brame d'un cerf résonne de façon inattendue au beau milieu de la journée — quelle chance inouïe ! Nous continuons à trouver des traces fraîches un peu partout et apercevons fugitivement deux autres biches, suivies peu après par une autre paire accompagnée d'un cerf. Ses bois comptaient-ils trois ou quatre cors ? Il a disparu trop vite pour que nous puissions le dire. Tout au long de notre marche en forêt, nous nous sentons véritablement entourés par la faune. Il est vrai que nous naviguons dans une zone très sensible, classée « zone de quiétude » par l'Office National des Forêts (ONF) du 15 septembre au 15 octobre. Si l'on aperçoit fréquemment des cerfs en lisière de cette zone réglementée, nous la traversons aujourd'hui en plein cœur par un sentier balisé et autorisé. Nous avançons avec la plus grande discrétion, par respect pour cette compagnie fascinante ; leur présence est un enchantement auditif constant, et parfois visuel.

Randonnée sur le plateau de l'Aubrac 5Notre sentier serpente à travers des broussailles denses et ombragées, n'émergeant qu'à de rares occasions pour offrir des vues panoramiques et infinies sur de vastes étendues herbeuses parsemées de vaches. Au loin, la lumière contrastée illumine la vallée du Lot et s'étire bien au-delà de Rodez. Je cherche en vain le clocher de la cathédrale, parfois visible par temps clair, mais aujourd'hui, une brume laiteuse le masque, et nous nous replongeons rapidement dans le calme des bois. Il n'est pas surprenant que les hommes aient historiquement cherché refuge ici. Une Croix de Lorraine près de la grotte des Enguilhens — un petit abri naturel sur notre route — sert de rappel poignant : un groupe de maquisards de la Résistance s'y est caché pendant la Seconde Guerre mondiale, et il y a plus de deux siècles, un prêtre réfractaire avait cherché asile dans ces mêmes profondeurs.

Nous nous intéressons également aux diverses essences forestières mêlées aux hêtres dominants : des plantations d'épicéas et de sapins de Douglas se dressent fièrement, tandis que des sorbiers ornent la clairière de notre déjeuner, étrangement accompagnés de deux chênes et d'un érable qui semblent avoir poussé là par hasard. Finalement, nous débouchons en plein soleil, entamant notre descente vers Saint-Chély-d'Aubrac et sa boralde — le terme local désignant les cours d'eau abrupts qui dévalent du plateau pour se jeter dans le Lot. L'herbe y est remarquablement plus verte et méticuleusement fauchée, les champs soigneusement délimités par des murets et des clôtures. En contrebas, nous apercevons le village de Belveze en traversant la route départementale, laissant derrière nous les hautes estives et les forêts denses pour un monde sensiblement plus fréquenté. La pente s'adoucit doucement, nous conduisant dans les vallées où les communautés se sont installées et ont cultivé la terre. Deux serpents, fuyant trop vite pour être identifiés, s'échappent sous nos chaussures alors que nous nous arrêtons pour contempler ce paysage fraîchement dévoilé.

Randonnée sur le plateau de l'Aubrac 6L'horizon est dominé par le neck volcanique de Belveze. Un regard plus attentif révèle des formations rocheuses volcaniques saisissantes et des pierres dispersées, offrant une occasion parfaite d'aborder la formation géologique de l'Aubrac. Tout d'abord, la sédimentation autour du continent primitif a subi un métamorphisme profond, formant le socle hercynien d'origine composé de schistes, de micaschistes et de gneiss. La fonte et le refroidissement lent de ces roches ont ensuite créé un énorme batholite de granit. Plus tard, un effondrement le long de la faille du Lot a entraîné l'érosion massive de ce massif granitique. Les bouleversements tectoniques associés au soulèvement alpin ont été suivis d'une phase volcanique majeure — visible ici même — qui s'est produite il y a 6 à 10 millions d'années. Cette phase a été caractérisée par des épanchements de lave le long d'un axe nord-ouest/sud-est, formant les plus hauts sommets de l'Aubrac, accompagnés d'une activité éruptive explosive qui a projeté des bombes volcaniques et façonné les necks spectaculaires que nous voyons aujourd'hui.

Sur le sommet qui nous domine se trouvent les vestiges d'une structure dont la vocation initiale m'échappe. Je pose la question à un vieil habitant croisé dans le village, mais il est plus enclin à déplorer la désertification rampante du secteur, faisant remarquer qu'il ne reste plus qu'un seul agriculteur là où il y en avait dix autrefois. Il nous désigne toutefois une source locale, attribuant avec humour la longévité d'un couple de voisins, tous deux nonagénaires, à ses eaux avant l'installation de l'eau courante. Malheureusement, l'eau dégage aujourd'hui une légère odeur désagréable de fioul, la rendant bien moins séduisante ! Le groupe s'intéresse également à son travail du moment : il taille minutieusement des frênes pour nourrir son bétail. Nous reprenons notre descente le long de l'ancien chemin qui mène à Saint-Chély. Autrefois voie de communication essentielle pour le village, c'est aujourd'hui un sentier paisible flanqué de deux vieux murs de pierre, lentement repris par la végétation. Utilisé presque exclusivement par les randonneurs, il nous mène néanmoins tout droit à notre refuge pour la nuit ! En chemin, nous nous arrêtons pour admirer une belle et ancienne bâtisse en schiste, une pierre caractéristique que l'on trouve souvent à l'approche de la vallée du Lot. En perdant de l'altitude, nous avons changé de paysages et d'ères géologiques. Les chênes et les frênes sont devenus les essences d'arbres dominantes.

Un refuge chaleureux nous accueille pour notre première soirée. Nous avons officiellement rejoint la voie de Saint-Jacques-de-Compostelle, plus précisément celle venant du Puy-en-Velay. Notre voyage physique à travers ce paysage nous fait inévitablement remonter le temps. Ici, à l'instar des voyageurs depuis plus d'un millénaire — animés par des motivations diverses et affrontant des conditions bien différentes, mais comptant toujours sur la force de leurs jambes —, nous nous ouvrons à une dimension totalement nouvelle. Les repas n'étant pas fournis au refuge, un dîner copieux nous attend dans un restaurant local.

Randonnée sur le plateau de l'Aubrac 7La majorité du groupe en profite pour s'adonner aux saveurs locales : un apéritif à la gentiane ou un cocktail inédit à base de liqueur de châtaigne et de vin blanc d'Entraygues ; une quiche au roquefort façon aveyronnaise ; des tripoux, du fromage de Laguiole et un doux pérail. En dessert, de merveilleuses tartes aux myrtilles et aux framboises, le tout parfaitement accompagné d'un vin rouge charpenté d'Entraygues (l'un de nos compagnons aveyronnais nous avait déjà fait découvrir avec délectation le vin de Marcillac lors du déjeuner). Après le repas, une promenade digestive dans les rues sombres et désertes de Saint-Chély-d'Aubrac s'impose. Les inscriptions effacées sur les façades en pierre et les vieilles devantures de magasins témoignent silencieusement d'une vie commerçante autrefois florissante. Le lavoir communal, quelques maisons à colombages, la belle église du XVe siècle et même les lourds barreaux de fer aux fenêtres du rez-de-chaussée de notre hébergement murmurent les histoires du passé. Épuisés mais heureux après avoir parcouru 22 kilomètres et cumulé 600 mètres de dénivelé, nos paupières s'alourdissent enfin.

Deuxième jour

Le lendemain matin, nous sommes debout à 7h00. Après avoir préparé et savouré le petit-déjeuner en commun, notre départ symbolique se fait au pont des pèlerins — bien que nous allions vers le haut, à rebours du flux traditionnel ! Les travaux de restauration en cours sur ce charmant vieux pont ne nous empêchent pas d'admirer la croix de pierre historique, qui représente un Saint-Jacques en armes serrant son bourdon, avec l'emblématique coquille veillant sur tous ceux qui passent par là. Nous montons un chemin bordé de murets en pierres sèches de basalte, suivant d'abord la rive gauche puis la rive droite de la rivière, pour progresser régulièrement vers l'Aubrac.

Nous passons devant quelques fermes magnifiquement isolées avant d'atteindre les hauts pâturages. Nous nous arrêtons pour admirer leurs structures massives et imposantes en granit et basalte, surmontées d'épaisses lauzes reposant sur de formidables charpentes en chêne. Les toits sont très pentus, parfaitement conçus pour évacuer les lourdes neiges hivernales. L'aménagement est d'une fonctionnalité brillante : la partie habitation est perpendiculaire à la grange et à l'étable, ce qui permettait aux habitants de passer directement de l'étable à la cuisine, récupérant ainsi la chaleur corporelle des animaux durant les hivers rudes. D'ingénieuses trappes permettent de faire tomber le foin directement du niveau supérieur dans les mangeoires situées en dessous. En été, l'accès à la fenière supérieure se fait de plain-pied par l'arrière, car un pan entier du bâtiment est habilement encastré dans la colline. Grâce à cette conception semi-enterrée, la cave de la cuisine est naturellement isolée au cœur de la terre. L'épaisseur des murs de pierre offre une protection exceptionnelle contre le froid glacial de l'hiver et la chaleur accablante de l'été. Ce style architectural très fonctionnel a été utilisé activement jusqu'à il y a une trentaine d'années, époque où la nécessité d'accueillir des troupeaux plus importants et des machines modernes a imposé une évolution des pratiques agricoles, conduisant malheureusement à l'abandon progressif de ces structures traditionnelles.

Randonnée sur le plateau de l'Aubrac 8Bientôt, le monastère historique d'Aubrac apparaît, fondé au XIIe siècle par un noble flamand pour offrir asile et soins aux pèlerins de Compostelle traversant cette région inhospitalière, imprévisible et souvent dangereuse. Les bâtiments qui subsistent aujourd'hui ne donnent qu'un modeste aperçu de la grandeur passée du site. Ce monastère-hôpital exerça une influence immense du XIIIe au XVIIe siècle, sa gestion administrative s'étendant bien au-delà de la région (jusqu'à L'Isle-en-Dodon, par exemple). Moines, infirmiers et chevaliers travaillaient en harmonie, assumant des rôles religieux, médicaux et de protection. Nous honorons ce riche passé en visitant discrètement l'église, bien que nous soyons un peu pressés par le temps : un aligot très attendu nous attend là-haut dans les montagnes, dans un authentique buron. Le mot « aligot » viendrait du latin « aliquod », qui signifie « quelque chose ». Les pèlerins qui traversaient l'Aubrac sur ce qui est aujourd'hui le GR®65 s'arrêtaient et demandaient aux moines « quelque chose » à manger. Avant l'introduction de la pomme de terre, cette nourriture reconstituante devait être un riche mélange de fromage fondu et de pain.

Le buron traditionnel, ou mazuc, est intrinsèquement lié à la pratique de la transhumance. Nous évoquons ce rythme saisonnier : la montée des troupeaux le 23 mai et leur descente le 13 octobre, l'organisation minutieuse de la vie quotidienne dans ces petits bâtiments de pierre disséminés dans les montagnes, leur architecture unique et leur malheureux déclin. Nous avons la chance de visiter l'un des tout derniers burons encore en activité. Ici, le cantalès (le maître fromager) supervise toujours la production artisanale de la fourme et de la tome, secondé par deux jeunes apprentis. Les voyageurs de passage peuvent y déguster un aligot incroyablement frais, préparé sur place — à condition d'apporter leurs propres couverts, leur pain, leurs boissons et leurs accompagnements. Comme nous voyageons légèrement hors saison, nous sommes les seuls clients présents. Arrivés un peu en retard par rapport à notre réservation, l'atmosphère initiale est sensiblement tendue ; le patron est sévère, se plaignant vigoureusement en patois local au téléphone que notre retard perturbe son emploi du temps.

Randonnée sur le plateau de l'Aubrac 9Je saisis l'occasion pour l'informer gentiment que certains membres de notre groupe sont originaires de l'Aveyron et ont compris le moindre mot de ses remarques hautes en couleur. Intrigué, il leur demande d'où ils viennent, et nous découvrons rapidement des connaissances communes. La tension s'évanouit instantanément, laissant place à une conversation animée et enjouée. Il partage des histoires de sa jeunesse, ayant commencé comme « roul » (apprenti ou aide à tout faire) à l'âge tendre de 11 ans. À l'époque, il était l'homme à tout faire du buron, travaillant sous les ordres du pastre (chef berger) qui gérait le troupeau, et du bédelier, qui s'occupait des veaux et de la traite. Il raconte avec fierté son ascension régulière dans la hiérarchie, jonglant entre les étés passés dans les hauts pâturages et les hivers rigoureux passés à travailler comme bougnat à Paris.

Dans ce cadre remarquable, on a vraiment l'impression de remonter le temps. L'aligot est magistralement étiré et chauffé sur un âtre ouvert situé au ras du sol, tandis que des poules picorent hardiment autour de la porte laissée ouverte. Le sol est en terre battue et la pièce est remplie d'outils traditionnels : égouttoirs, lourds pressoirs en bois, moules à fromage et autres équipements d'époque. Une porte sur le côté s'ouvre sur la cave fraîche creusée directement dans le flanc de la colline. Même la stricte hiérarchie entre les travailleurs reflète une époque révolue. L'aligot lui-même prend ici une saveur extraordinaire, inoubliable — sans doute rehaussée par l'effort physique que nous avons fourni pour l'atteindre ! Il coule magnifiquement de la marmite en fonte jusqu'à nos assiettes, et de nos assiettes jusqu'à nos papilles émerveillées. Pendant que notre hôte se prépare à charger dans une remorque le cochon qu'il a engraissé toute la saison avec les restes de petit-lait, nous nous équipons et nous remettons en route. Notre chemin serpente à travers des troupeaux de paisibles vaches Aubrac, sur des étendues doucement vallonnées qui semblent se fondre avec le vaste ciel à l'horizon. Le paysage est magnifiquement parsemé d'anciennes tourbières et de lacs miroitants.

Ces vastes horizons balayés par les vents sont le fruit d'une lente érosion qui s'est déroulée sur 4 millions d'années à la fin de l'ère tertiaire, suivie par le poids incommensurable d'une vaste calotte glaciaire lors des glaciations du Quaternaire. Lorsque les glaces se sont finalement retirées, il y a entre 15 000 et 10 000 ans, elles ont creusé les vallées profondes que l'on trouve dans la partie méridionale de l'Aubrac, laissant derrière elles des dépôts glaciaires, des lacs naturels et d'imposants blocs erratiques éparpillés dans les larges vallées ouvertes.
Les dépressions qui en résultent abritent aujourd'hui les tourbières vitales de la région — des réservoirs naturels d'eau et de matière organique qui abritent une richesse botanique inégalée en Europe (dont la fascinante droséra, une plante carnivore). Bien que nous évitions de piétiner ces écosystèmes fragiles et spongieux, nous pouvons facilement admirer les superbes lacs des Souveyrols et de Salhiens depuis le sentier. Nous prenons également le temps de raconter les légendes mythiques entourant Saint-Andréol, sans nous aventurer directement sur le site. La couleur profonde des lacs, reflétant un ciel bleu parsemé de doux nuages gris, contraste de manière saisissante avec les teintes flamboyantes et rougeâtres des hêtraies environnantes. Le vent mordant balaie continuellement nos visages... On imagine aisément que les voyageurs de l'ancienne voie romaine, dont nous empruntons parfois le tracé, étaient tout aussi enchantés par ces eaux, inspirant peut-être les cultes païens qui les vénéraient jadis comme des forces mystiques.

Randonnée sur le plateau de l'Aubrac 10Un petit détour par la spectaculaire cascade du Deroc, où l'eau plonge de façon vertigineuse par-dessus d'imposantes colonnes de basalte, nous offre une perspective totalement différente et étourdissante avant de rejoindre enfin notre étape du soir. L'hébergement de ce soir est nettement plus luxueux, bien que l'accueil y soit un peu plus commercial que dans notre précédent et charmant refuge rustique. Nous logeons dans un gîte-hôtel magnifiquement rénové, habilement restauré à partir des ruines d'une ancienne ferme isolée. Nous admirons la grande cheminée en pierre et les objets d'époque, choisis avec soin et exposés un peu partout dans les pièces. Le pain frais et la fouace traditionnelle sont toujours cuits sur place dans le four en pierre d'origine. Notre voyage gastronomique se poursuit avec brio, et nos connaissances œnologiques collectives s'enrichissent encore davantage ! Soucieux de mériter un tel festin, quelques participants pleins d'énergie décident de se joindre à moi pour une marche supplémentaire de 2,5 kilomètres jusqu'à Nasbinals, où nous admirons l'étonnant village de granit et sa belle et robuste église romane. Même après avoir parcouru 24 kilomètres et gravi 660 mètres plus tôt dans la journée, ces six participants ont encore de l'énergie à revendre. Un apéritif local bien mérité au village fera office de récompense parfaite.

Troisième jour : Vers la Terre de Peyre

Un épais brouillard a recouvert la région pendant la nuit. Ragaillardis par la douce fouace et les délicieuses confitures maison du petit-déjeuner, nous nous mettons en route d'un bon pas pour une étape relativement plate de 23 kilomètres en direction d'Aumont-Aubrac, situé à l'extrémité est du massif. Au fur et à mesure que nous avançons, le basalte disparaît lentement, remplacé par d'imposants blocs erratiques de granit qui ornent les pâturages vallonnés. Nous pénétrons officiellement dans la « Terre de Peyre » — le pays de la pierre. Les murets en pierres sèches deviennent omniprésents, formant des lignes géométriques infinies qui se perdent mystérieusement dans le brouillard épais. De gros blocs de granit arrondis, lissés par des millénaires d'érosion, surgissent de l'opacité. Nous nous sentons totalement enveloppés au milieu de nulle part, errant dans un paysage éthéré, presque fantastique.

Les très rares villages que nous traversons semblent entièrement déserts ; les maisons, très espacées, se dressent comme des sentinelles de pierre silencieuses, figées dans le temps et s'érodant lentement. Tout ici est construit pour durer : les piquets de clôture, les « travails » traditionnels (structures utilisées pour ferrer les bœufs), les fours à pain communaux et les lourds abreuvoirs sont tous taillés dans du granit massif, semblant attendre éternellement le retour des hommes.

Randonnée sur le plateau de l'Aubrac 11Les Romains plaçaient autrefois des bornes en granit le long de leurs voies pour guider les voyageurs, mais au fil des siècles, les chemins se sont déplacés, et les anciennes bornes se fondent désormais parfaitement dans le chaos des pierres naturelles. Un petit pont de pierre robuste nous permet d'enjamber une rivière paresseuse aux méandres sinueux — les eaux s'écoulent lentement ici, car cette partie de l'Aubrac est remarquablement plate. Ce cours d'eau finira par rejoindre le Bès, l'unique cours d'eau majeur drainant vers le nord depuis le grand plateau, contrastant fortement avec les boraldes abruptes et tumultueuses qui plongent vers le sud sur le versant opposé de la crête de l'Aubrac. Cette vaste pente exposée au nord-est explique l'extrême rigueur du climat local ; il n'y a absolument rien ici pour briser les vents violents.

Très peu de personnes ont réussi à rester dans cet environnement. La terre semble farouchement autonome, enivrée par l'air infini et les grands espaces, ne permettant qu'au monde minéral et indestructible du granit de résider sous son ciel, tout en accordant aux vaches une liberté totale durant les mois d'été. Le brouillard enveloppant sied parfaitement à ce paysage ; les pierres et le bétail émergent comme des fantômes de la brume, les murs interminables semblent se dissoudre dans le néant, et nos esprits vagabonds leur emboîtent le pas avec empressement. C'est exactement ainsi que je préfère cette terre — pour le profond sentiment d'évasion qu'elle offre, et pour l'indéniable sensation de liberté pure qu'elle procure. J'espère sincèrement, et je crois, que mes compagnons de route ont ressenti eux aussi ce lien puissant.

Le brouillard commence enfin à se lever alors que nous nous approchons de la Terre de Peyre, près d'Aumont-Aubrac. De denses forêts de pins sylvestres, avec leurs troncs distinctifs de couleur saumon, ont maintenant remplacé les pâturages ouverts et offrent un endroit parfaitement abrité pour notre pique-nique. Peu de temps après, les signes de la civilisation réapparaissent : des fermes en activité et des champs soigneusement cultivés commencent à émerger. Bien que l'élevage laitier soit toujours présent, cette zone se spécialise également dans l'élevage de croisements Charolais pour une viande de grande qualité, ainsi que dans l'élevage équin.

Randonnée sur le plateau de l'Aubrac 12L'arrivée en ville est un peu déconcertante après des jours d'isolement, avec la présence soudaine de l'autoroute et de la voie ferrée. Cependant, nous nous consolons rapidement à l'idée que cette infrastructure moderne — qui relie l'Aubrac directement à Paris en seulement cinq heures — constitue une bouée de sauvetage économique vitale pour la région. Nous arrivons assez tôt. J'avais initialement prévu cette étape plus courte, en milieu de parcours, pour permettre à chacun de se reposer individuellement, de prendre le temps d'écrire des cartes postales ou de faire quelques courses, d'autant que nous n'avions pratiquement vu aucune boutique ouverte depuis notre départ. En réalité, le groupe est devenu incroyablement soudé. Pendant que j'accompagne Gisèle dans un supermarché à quelques kilomètres de là (l'épicerie locale étant fermée) pour acheter des fruits frais, le reste du groupe explore le village ensemble. Nous finissons par les retrouver attablés dans un bistrot local chaleureux, discutant joyeusement avec des habitants ravis de partager des anecdotes sur la vie locale.

Les premières grosses gouttes d'un orage imminent — dont les nuages sombres avaient lentement envahi le ciel d'un bleu éclatant auparavant — commencent à tomber juste au moment où nous regagnons notre gîte. Notre hébergement est une ancienne ferme transformée, d'une charmante simplicité. La salle à manger est installée dans l'ancienne étable, où une vieille trayeuse et un lourd joug en bois sont encore fièrement accrochés aux murs. Nous savourons un dîner chaud et joyeux, partageant histoires et éclats de rire avec d'autres marcheurs parcourant le chemin de Saint-Jacques.

La joyeuse leçon du soir implique un toast traditionnel local : « Ô toi, poison de Saint-Jacques, toi qui troubles notre raison, tu ne dis rien, misérable. Tu es donc coupable. Allez, ouste, en prison ! » Sur ces mots enjoués, nous levons nos verres et trinquons avec enthousiasme en compagnie de nos voisins ! Plus tôt, un autre pèlerin repéré près de l'église avait choisi une voie beaucoup plus ardue, peut-être plus en phase avec l'époque médiévale : il s'apprêtait à dormir à la belle étoile malgré la pluie qui s'annonçait, soignant méticuleusement ses pieds couverts d'ampoules. Être témoin de cette scène suscite une profonde discussion philosophique menée par Magali concernant la nature fondamentale de la marche, et la relation complexe entre le plaisir pur, l'effort physique, et même la souffrance. Quelques-uns parmi nous commencent également à ressentir la fatigue physique du voyage, bien que, fort heureusement, rien ne soit trop grave ; notre trousse de premiers secours bien fournie se révèle d'une grande utilité. Plus tard dans la soirée, je sors pour observer le ciel. La pleine lune brille de mille feux à travers l'air humide de l'après-orage, promettant une journée d'une beauté limpide pour le lendemain.

Quatrième jour : D'Aumont-Aubrac à Fournels

Randonnée sur le plateau de l'Aubrac 13En ce jeudi, quatrième jour de notre aventure, une légère brume matinale se dissipe rapidement, créant un magnifique jeu d'ombres et de lumières sur un paysage un peu moins accidenté. Les terres agricoles vallonnées et cultivées alternent désormais gracieusement avec des forêts de pins touffues. Le long des clôtures, d'imposantes toiles d'araignées chargées de rosée matinale étincellent avec brio entre les fils de fer barbelés tandis que le soleil dissipe les dernières traces de brouillard. Nous apercevons une grande araignée aux couleurs vives trônant fièrement au centre de l'une de ces toiles, incitant Jean-Michel à photographier minutieusement son chef-d'œuvre labyrinthique.

Nous marchons d'un bon pas sur de larges chemins de terre, traversant parfois de courtes portions goudronnées. Les fermes traditionnelles en granit se fondent harmonieusement avec des bâtiments agricoles plus modernes, tandis que les pâturages verdoyants sont fréquemment entrecoupés de champs fraîchement labourés, signe de l'arrivée des travaux d'automne. L'élevage laitier est très présent ici, soutenu par une petite laiterie locale en pleine activité à Aumont.
Nous croisons souvent de grandes meules de fourrage enrubannées qui brillent dans leur film plastique noir ou blanc, que notre photographe attitré utilise judicieusement comme sujets pour des compositions photographiques modernes et très artistiques ! Nous passons bientôt devant un beau moulin en pierre situé sur la Rimeize, un cours d'eau paisible, qui nous rappelle que pendant des siècles, l'énergie hydraulique fut la seule source fiable disponible pour actionner une quelconque machinerie. Nous prenons un moment pour examiner attentivement le barrage et les canaux de dérivation qui dirigeaient autrefois l'eau tumultueuse sous le bâtiment, faisant tourner avec force la grande roue reliée aux lourdes meules situées à l'étage supérieur.

Randonnée sur le plateau de l'Aubrac 14Les moulins à eau constituent une composante intégrale et vibrante de la vie rurale d'ici depuis l'Antiquité. Leur utilisation dans cette région est d'ailleurs antérieure à l'ère chrétienne, les Romains ayant introduit des moulins sophistiqués à roue verticale. Je réalise maintenant que j'ai omis de les signaler lors de notre passage dans la boralde abrupte de Saint-Chély-d'Aubrac, où leur concentration était véritablement étonnante. L'histoire riche qui entoure leur transmission de génération en génération, tout comme les réglementations strictes et complexes qui régissaient les devoirs et les droits du meunier par rapport à la population locale et à la noblesse, est absolument fascinante.

En arrivant au Fau-de-Peyre, nous prenons le temps d'admirer la superbe église du village et son clocher à peigne hautement caractéristique. Nous remarquons d'emblée qu'il y manque une de ses cloches. Nous en apprendrons l'explication historique plus tard lors de notre halte de l'après-midi à La Fage-Saint-Julien, de la bouche d'un habitant érudit : nombre de ces clochers ruraux ont perdu une ou deux de leurs cloches en bronze lors de diverses guerres, et plus particulièrement au XIXe siècle, lorsqu'elles furent impitoyablement réquisitionnées et fondues pour fondre des canons. D'ici, notre voyage se poursuit. Nous quittons brièvement les forêts de pins pour de luxuriantes prairies herbeuses bordées de chênes et de frênes imposants, passant occasionnellement devant des pommiers ou des châtaigniers solitaires. Le sentier nous ramène inexorablement vers les hauteurs du Truc de l'Homme (« Truc » étant un terme local courant pour désigner un sommet saillant) à près de 1 274 mètres d'altitude. Le chemin, magnifiquement bordé d'ajoncs en fleurs aux éclats jaunes, nous guide dans une forêt de conifères fraîche et dense, offrant le cadre idéal pour notre pause déjeuner du midi.

La forêt passe d'une prédominance de pins sylvestres à de vastes plantations de sapins Douglas, mélangées à des épicéas, des mélèzes matures, de jeunes mélèzes éclatants et quelques feuillus clairsemés. Le sol de la forêt est recouvert d'un tapis de mousse d'un vert éclatant, presque irréel, abondamment parsemé d'amanites tue-mouches d'un rouge et blanc saisissant, aux côtés de divers autres champignons blancs non identifiés, que Marc s'accroupit pour observer avec une immense curiosité. Tout au long de la matinée, nous étions déjà passés devant plusieurs vesses-de-loup géantes, des rosés des prés, divers bolets non comestibles, et, bien sûr, des cèpes des pins très prisés — souvent talonnés de près par des chercheurs de champignons locaux déterminés !

Randonnée sur le plateau de l'Aubrac 15Au moment où nous commençons à ranger nos affaires pour partir, une petite vipère bloque momentanément notre chemin avant de filer rapidement dans les broussailles. L'après-midi, la traversée des pittoresques villages de La Fage-Saint-Julien et de Termes nous permet d'admirer des bâtisses en pierre merveilleusement restaurées. Cette région bénéficiant d'un climat plus clément et étant facilement accessible depuis la plus grande ville de Saint-Chély-d'Apcher, l'architecture traditionnelle y a été entretenue avec amour et minutie.
L'imposante église de Termes se dresse fièrement sur un haut promontoire, que nous atteignons sous un ciel d'un bleu éclatant et sans nuages. Depuis ce point de vue incroyable, nous avons droit à un panorama époustouflant englobant toute la chaîne du Plomb du Cantal, les lointains monts de la Margeride, et le plateau de l'Aubrac lui-même, en partie masqué par l'imposante silhouette du Truc de l'Homme. Loin en contrebas, nous distinguons la vallée sinueuse du Bès, et un peu plus près, nous repérons la vallée spécifique abritant Fournels, notre destination finale du jour. Après avoir parcouru 24 kilomètres avec un dénivelé positif de 500 mètres, nous nous sentons en pleine forme. Un habitant amical s'improvise spontanément guide, détaillant chaque pic et chaque vallée à Magali, Jean-Michel, Laurent et moi-même, perchés sur le belvédère et totalement subjugués par la vue spectaculaire.

La dernière descente vers le village est rapide et facile. Nous sommes ravis de découvrir que nous avons le gîte pour nous tout seuls. Philippe se met rapidement à l'ouvrage pour allumer un feu de cheminée crépitant dans l'imposant foyer de granit, utilisant le bois sec gracieusement fourni par le gardien. Cet âtre chaleureux et accueillant devient le lieu de rassemblement idéal pour une soirée conviviale, agrémentée d'un délicieux punch au miel, très réconfortant, acheté plus tôt dans la journée à un apiculteur local.
Pour le dîner, nous nous rendons « Chez Tintin », un établissement remarquablement accueillant tenu par le gardien du gîte. La salle de restaurant intime, située juste à côté d'un bar tout aussi chaleureux, embaume les arômes alléchants, en parfaite adéquation avec l'hospitalité exceptionnellement cordiale et authentique de notre hôte.

Randonnée sur le plateau de l'Aubrac 16Pour un prix très raisonnable, nous avons droit à un authentique repas ouvrier, incroyablement copieux : une soupe de légumes roborative faite maison, une salade mixte fraîche accompagnée de fricandeau traditionnel à volonté, des lentilles parfaitement cuites et aromatisées de porc salé savoureux, une tranche tendre de bœuf de l'Aubrac local, un généreux plateau de fromages de la région, et un classique éclair au chocolat pour terminer. Le maître des lieux gère absolument tout lui-même — cuisinant d'une main de maître, servant chaleureusement les tables et bavardant joyeusement avec les habitués accoudés au bar. C'est un endroit véritablement mémorable que je recommande vivement.

En quittant le restaurant, nous remarquons que la porte de l'église du village, située juste à côté de notre gîte, est grande ouverte au beau milieu de la nuit. C'est un magnifique témoignage de la tranquillité absolue et de la sécurité qui règnent dans cette petite commune d'à peine 400 âmes ! De retour au gîte, confortablement installés devant les braises mourantes du feu, nous prenons notre tisane rituelle du soir, une tradition réconfortante qui ponctue magnifiquement la fin de chaque journée depuis le début de notre périple.
Ce soir, cependant, je dois passer un peu de temps à rassurer les troupes et à dédramatiser la redoutable étape de demain. Philippe, ayant étudié en détail le topo-guide, a réussi sans le vouloir à terrifier légèrement le groupe ! Une fois que tout le monde est endormi et que le feu s'est complètement éteint, je sors la carte pour étudier soigneusement nos options. Jusqu'à présent, je n'ai jamais forcé le groupe à suivre strictement et dans son intégralité l'itinéraire officiel balisé ; j'ai préféré leur montrer les aspects spécifiques et magiques de l'Aubrac que je souhaitais leur faire vivre, en tenant toujours compte de notre temps alloué et de l'état physique collectif de nos jambes. Mais l'étape de demain, même en tenant compte de tous les raccourcis possibles, sera sans aucun doute longue et exigeante : 31 kilomètres au total avec 600 mètres de dénivelé cumulé.

Cinquième jour

Randonnée sur le plateau de l'Aubrac 17Nous avons déjà atteint l'avant-dernier jour de notre aventure. Notre départ est un peu plus matinal que d'habitude ; à une heure raisonnable, soit 8h30, nous laissons derrière nous les maisons de pierre éparses et le surprenant clocher à peigne de Fournels. L'itinéraire nous fait d'abord faire un léger détour par le nord, en direction de l'entrée majestueuse des gorges du Bès à Saint-Juéry, une frontière géographique hautement symbolique.

Une minuscule route goudronnée sinueuse monte et descend en épousant les méandres du ruisseau de la Bédaule. Nous passons devant plusieurs vieux moulins à eau, remarquant avec plaisir que l'un d'eux fait l'objet d'une restauration minutieuse. Le chemin bifurque ensuite vers Saint-Juéry, un village pittoresque que nous ne pouvons admirer que depuis les virages serrés de la route, loin au-dessus. J'espère secrètement que nous aurons le temps de descendre dans la vallée pour voir de près le Bès impétueux, ainsi que son vieux pont de pierre et sa croix historique, mais je sais que le groupe n'a pas très envie d'ajouter de la distance aujourd'hui. Par conséquent, nous maintenons un rythme soutenu. Le sentier serpente à travers des bois de conifères parfumés, débouchant fréquemment sur des prairies herbeuses lumineuses qui offrent des vues imprenables. Nous apercevons par hasard Chauchailles et Chauchaillette — deux petits villages dont les noms délicieusement mélodiques avaient tant fasciné Jean-Michel qu'il m'en avait déjà parlé à Toulouse !
L'« Ancienne Route » menant à Cheylaret est indéniablement charmante. Un épais tapis de feuilles d'automne craque avec délice sous nos chaussures à l'ombre de hêtres majestueux, même si l'herbe résiliente s'apprête déjà à reprendre ses droits sur le chemin. Jean-Pierre épluche négligemment quelques faines tombées au sol pour en extraire et manger les petits akènes. Il est vrai que, par le passé, les habitants pressaient ces noix pour produire de l'huile de cuisson ; elles sont donc parfaitement comestibles et nutritives.
En parlant de cueillette, les fourmis sont, d'un point de vue technique, également comestibles ! Nous croisons plusieurs imposantes fourmilières dans cette zone boisée, dont l'une nous dépasse tous en hauteur ! Je sais pertinemment que l'abdomen de ces insectes peut se manger et qu'il a un goût âpre et vinaigré, mais je ne suis certainement pas prête à faire une démonstration au groupe aujourd'hui !

Randonnée sur le plateau de l'Aubrac 18L'impressionnant rocher de Cheylaret est une immense table de lave plate s'étirant sur plusieurs dizaines de mètres, qui culmine de manière formidable à 1 128 mètres d'altitude près du village de La Chaldette. Ce village, comme son nom le suggère si bien, possède une source d'eau chaude thermale naturelle. Ces deux caractéristiques géologiques frappantes témoignent avec force que le plateau de l'Aubrac a conservé, et continue de conserver, des liens profonds et ardents avec le cœur même de la Terre.

À Cheylaret, les habitants ont fait un travail exceptionnel de rénovation de leur patrimoine historique. Les abreuvoirs traditionnels pour le bétail et la fontaine centrale en pierre — où tout le village se réunissait autrefois pour chercher son eau quotidienne avant l'arrivée de la plomberie moderne — ont été magnifiquement restaurés. Ils ont également conservé le lourd « travail » en granit et l'incontournable four à pain communal, soigneusement abrité au fond d'une solide cabane en pierre, soulignant un mode de vie collectif qui définissait autrefois toute la région.

Nous observerons continuellement cet aménagement villageois très spécifique et pratique dans les hameaux que nous traverserons ensuite : le « travail » pour le ferrage des animaux, et le four communal, auquel on accède en poussant une lourde porte en bois qui mène à une petite pièce chaleureuse encadrée par deux bancs en pierre, avec la profonde porte du four fermement encastrée dans le mur du fond. Ces éléments indispensables étaient toujours construits sur ce qui tenait lieu de place centrale du village. À Cheylaret, cette « place » n'est plus qu'un petit espace dégagé et paisible entre les anciennes maisons.
Une grande croix en pierre sculptée se dresse également là, servant de cœur spirituel au village en l'absence d'église officielle. Un petit panneau d'information rappelle aux passants la fonction jadis vitale de ce carrefour désormais déserté ; des foires agricoles animées se tenaient historiquement ici même, dans cette petite intersection près de la fontaine, qui sert aujourd'hui de lieu idyllique et paisible pour notre pause déjeuner.

Randonnée sur le plateau de l'Aubrac 19Nous décidons de poursuivre et de prendre notre pause-café à La Chaldette, à quelques kilomètres plus loin sur le chemin. La source chaude naturelle dont je me souvenais affectueusement et qui coulait librement dans un vieux lavoir rustique a malheureusement été complètement fermée et intégrée dans un tout nouveau centre thermal très modernisé. Si les visiteurs peuvent facilement accéder aux installations pendant les mois d'été animés, l'un des habitants nous informe nonchalamment que pendant la fermeture hivernale, les résidents perdent tout accès à la source chaude de leur propre village ! Nullement découragés, quelques curieux de notre groupe décident de goûter à l'eau fortement sulfureuse — réputée pour son utilisation dans les cures d'amaigrissement —, plaisantant bruyamment pendant qu'ils boivent, à la grande joie de ceux qui ont sagement choisi de rester confortablement assis sur la terrasse du café ! L'eau tiède, très minéralisée, jaillit régulièrement de trois petits becs métalliques intégrés à une fontaine moderne à l'intérieur d'un bâtiment contemporain, dégageant indéniablement l'odeur forte et clinique d'un hôpital !

Il est fascinant de penser qu'ici, en plein cœur sauvage de l'Aubrac, dans un minuscule village comptant à peine deux hôtels, un seul café-restaurant, et une poignée de maisons parfois totalement isolées par les fortes chutes de neige hivernales, des professionnels de santé sont en pleine activité ! Pourtant, le lavoir historique en pierre, à l'extérieur, reste tristement et désespérément sec... Après avoir généreusement offert de superbes cèpes des pins trouvés plus tôt dans la matinée à deux curistes amateurs ravis, nous laissons enfin derrière nous cette poche de « civilisation relative » et les méandres du Bès. Nous nous mettons en route pour rejoindre les vastes pâturages de la haute estive. Nous sommes rapidement accueillis par les habitantes rousses emblématiques du plateau ; une vache particulièrement têtue décide de barrer notre chemin, nous obligeant à trottiner légèrement dans la lande épaisse pour la contourner en toute sécurité. À partir de là, il ne reste plus que le ciel immense, les courbes douces et vallonnées de la terre, les troupeaux clairsemés et nous. Cette solitude profonde et saisissante est un pur délice ; le groupe tombe dans un silence pensif et contemplatif, oubliant totalement la longue distance qu'il reste à parcourir. Très haut au-dessus de nous, une buse solitaire chevauche les courants thermiques sans effort, son vol plané, majestueux et silencieux semblant emporter nos esprits encore plus loin et plus haut dans l'air vif.

Je n'ai pas encore mentionné la richesse de l'avifaune, mais chaque journée nous a offert des occasions spectaculaires d'observer différents rapaces : des buses, des milans royaux et de rapides faucons qui patrouillent gracieusement dans les cieux. Un chœur de petits oiseaux nous a constamment accompagnés de leurs chants diversifiés et mélodieux ; hier encore, nous avons trouvé un minuscule oisillon fraîchement sorti de l'œuf qui se reposait sur le bord même de notre sentier. Le chemin qui traverse ce paysage apparemment désert nous conduit finalement à deux minuscules hameaux isolés. Les quelques habitants étonnés que nous rencontrons nous confirment rapidement que nous suivons bien un raccourci local filant tout droit vers Saint-Urcize.
Une descente régulière à travers les montagnes nous ramène finalement à la route principale qui traverse le Bès. Nous rejoignons un axe un peu plus large, et nous arrivons enfin dans le chef-lieu de canton qu'est Saint-Urcize. Nous sommes officiellement entrés dans le Cantal, marquant ainsi le troisième et dernier département que nous explorerons après l'Aveyron et la Lozère. Ces trois territoires distincts relient parfaitement leurs histoires, leurs évêques et leurs identités régionales au niveau de la célèbre Croix des Trois Évêques, située en plein cœur sauvage de l'Aubrac.

Randonnée sur le plateau de l'Aubrac 20Le village de Saint-Urcize met magnifiquement en valeur les maisons traditionnelles construites à partir d'un mélange saisissant de granit clair et de basalte sombre. Les vestiges spectaculaires du volcanisme ancien sont incroyablement présents dans le paysage environnant, visibles sous la forme de dykes massifs, de vastes champs de blocs et de colonnes de basalte imposantes. L'architecture locale exploite brillamment ces matériaux : le granit, facile à travailler, est principalement utilisé pour tailler les solides encadrements des fenêtres et des portes, tandis que le basalte, plus rugueux et plus sombre, est abondamment utilisé pour construire les murs épais et isolants.

Le sympathique hôtelier responsable de la gestion de notre gîte réservé nous conduit vers une charmante petite maison indépendante. Il a magnifiquement meublé tout le premier étage avec du bois de pin chaleureux et des objets traditionnels de la montagne, créant un espace confortable complété par un grand insert de cheminée et une mezzanine pour le couchage. L'atmosphère ressemble trait pour trait à celle d'un chalet alpin accueillant. Pour célébrer dignement notre arrivée et apaiser nos muscles fatigués, je vous recommande vivement d'essayer un apéritif local spécial à base de thé d'Aubrac (calament). Ce soir, nous le dégustons avec une touche d'alcool, plutôt que comme notre tisane habituelle d'après-repas.

En parlant des plantes locales, la fin de l'automne n'est certes pas la saison botanique idéale. Nous ne pouvons que rêver des légendaires champs de jonquilles parfumées récoltées pour l'industrie de la parfumerie haut de gamme, de l'imposante grande gentiane jaune traditionnellement arrachée pour produire le célèbre apéritif local, des vastes étendues dorées de jonquilles printanières, des rares droséras carnivores, des élégants lis martagon pourpres, et des innombrables autres joyaux floraux qui décorent de façon spectaculaire l'Aubrac lors des saisons plus chaudes et plus propices. Néanmoins, nous avons quand même eu la chance d'apercevoir quelques renoncules à floraison tardive, des séneçons d'un jaune éclatant, de délicates millefeuilles, du trèfle blanc, des dents de lion, de l'épervière, du lotier, des ajoncs aux couleurs vibrantes, des œillets sauvages, le pâle crocus d'automne (qu'il faut soigneusement distinguer du safran sauvage, beaucoup plus sûr et très prisé), de délicates véroniques bleues, de la bruyère résistante, et des scabieuses. Bien que peut-être moins spectaculaires, leurs floraisons tardives et résistantes ont apporté de merveilleuses touches de couleur le long du sentier.
Cependant, ce que notre restaurateur enthousiaste a réussi à trouver aujourd'hui est nettement plus réjouissant. Fièrement exposé au centre de notre table à manger trône un cèpe de Bordeaux absolument magnifique et sans le moindre défaut, pesant la bagatelle de 570 grammes ! Nous allons bel et bien le manger — même si ce n'est peut-être pas précisément cette pièce d'exposition —, savamment associé à un aligot fumant et parfaitement filant pour notre grand dîner de clôture. La soirée se passe à discuter joyeusement d'aventures de pêche aux quatre coins du globe, notre hôte étant un véritable passionné de pêche qui a transformé sa salle à manger en un fascinant musée personnel dédié à ce sport.
Après le dîner, une marche digestive et vivifiante dans la nuit permet à quelques-uns d'entre nous d'atteindre le sommet du donjon du village, afin de pouvoir contempler discrètement et une dernière fois le ciel nocturne de l'Aubrac, d'une pureté à couper le souffle et constellé d'étoiles. Je sors même de nouveau à quatre heures du matin, réveillée par la chaleur étouffante du poêle à bois à l'intérieur du chalet. Alors que je me tiens dans l'air frais de la nuit, le brame lointain et puissant d'un cerf résonne en contrebas du village — de véritables et magnifiques adieux sauvages.

Sixième jour

Randonnée sur le plateau de l'Aubrac 21Le samedi marque notre dernier jour sur le sentier. Comme pour participer à un rituel d'adieu teinté de mélancolie, nous gravissons à nouveau les mêmes marches raides que nous avions descendues la veille pour profiter d'une ultime vue panoramique, profondément contemplative, sur Saint-Urcize. Nous regardons la lumière du matin passer doucement du gris froid des tuiles d'ardoise aux verts riches et vibrants de la terre environnante, le tout sous un ciel d'un bleu perçant. L'étape d'aujourd'hui a été volontairement raccourcie, afin de nous laisser tout le temps nécessaire pour flâner à notre rythme dans les rues de Laguiole — notre destination finale absolue — avant que chacun ne doive rentrer chez soi. Il ne nous reste plus que 17 kilomètres à parcourir, avec un dénivelé presque négligeable. Malheureusement, une douloureuse poussée de tendinite empêche Philippe de terminer cette dernière étape à pied ; il promet cependant de nous rejoindre à plusieurs reprises sur le trajet et pour notre ultime pique-nique, en empruntant tranquillement les petites routes en voiture. Cette dernière balade est un ravissement profond, nous permettant de nous attarder dans ces grands espaces presque mythiques. Elle nous offre même un dernier belvédère à couper le souffle à 1 342 mètres, offrant une vue plongeante directement sur les bois épais qui descendent vers Laguiole.

Les troupeaux au pâturage meuglent bruyamment à notre passage ; ils semblent pressentir d'instinct que leur propre descente vers les vallées approche à grands pas. Nous surmontons quelques petits obstacles, enjambant prudemment les barbelés et prenant garde à ne pas glisser dans les dernières hêtraies flamboyantes. Le sol meuble de la forêt est fortement marqué par des empreintes de sabots fraîches, et nous croisons la route d'un groupe de chasseurs locaux. En nous asseyant pour notre pause déjeuner, nous les regardons retourner vers leurs véhicules bredouilles, ce que nous notons avec une satisfaction tranquille et partagée !

En sortant de la lisière du bois, nous débouchons sur les tout derniers hauts pâturages, aux limites extrêmes occidentales du plateau de l'Aubrac. Notre périple à travers ce paysage grandiose touche rapidement à sa fin, tout comme notre voyage physique s'achèvera une fois atteinte la célèbre cité aveyronnaise. Laguiole, indéniable et véritable capitale du plateau, se dessine clairement au loin, à l'extrémité de l'horizon. Nous nous asseyons pour partager un dernier pique-nique convivial, joliment accompagné de quelques ultimes dégustations de vins. Le bon vin n'a jamais manqué tout au long de ce voyage, entièrement grâce à la prévoyance généreuse de Yannick — bien qu'il ait toujours été consommé avec modération, bien entendu ! Pourtant, je crois que c'est la douce fouace dorée, achetée fièrement à Saint-Urcize, qui vole finalement la vedette lors de cet ultime et joyeux partage. Il ne reste plus qu'une route douce et sinueuse à descendre avant d'atteindre Laguiole, avec ses couteaux mondialement connus, son taureau de bronze emblématique et ses fromages délicieux... Ici, au bout du chemin, nos destins individuels doivent finalement se séparer. Mais s'agit-il vraiment d'une fin, ou simplement d'un nouveau commencement ?
Depuis l'espace infini et en haute altitude du plateau, nous redescendons lentement vers le rythme de notre vie quotidienne, rentrant peut-être avec un esprit et un cœur ouverts à des dimensions entièrement nouvelles. Et pourtant, l'Aubrac demeure magnifiquement immuable. Il sera toujours là, nous attendant patiemment avec ses couleurs changeantes et ses subtilités infinies — toujours prêt à nous mettre au défi, à nous éprouver, et à enrichir profondément nos âmes...

J'espère profondément que notre itinéraire soigneusement choisi, les efforts physiques que nous avons partagés et les vues à couper le souffle dont nous nous sommes collectivement imprégnés auront permis à chacun d'entre vous de tomber amoureux de ces montagnes — un paysage auquel je dois personnellement tant. J'espère que ce voyage a allumé le désir ardent de revenir, d'explorer d'autres coins reculés et de vivre de nouvelles rencontres enrichissantes, sous ce regard humble, serein et constant que transmet intrinsèquement cet Aubrac. Pour moi, ce voyage a été une expérience profondément émouvante qui est allée bien au-delà de la simple préparation logistique et du guidage. C'était une véritable quête d'immersion totale dans l'âme d'un pays, le partage joyeux d'une perspective très personnelle, et une écoute silencieuse et attentive du parcours individuel de chaque personne évoluant dans ces grands espaces. J'espère sincèrement que cette expérience en laisse présager d'autres, en affinant continuellement notre approche du voyage... Une douce musique persistante et un flot d'images grandioses emplissent mon cœur à chaque fois que je pense à ces montagnes. Je vous y invite vivement : laissez-vous véritablement emporter par la vie vibrante et palpitante de cette terre remarquable...
Catherine Revel